Antoine Bello

Click here to edit subtitle

Les funambules - Critiques

Prince souverain de la critique littéraire, Zu rédige un roman - Genèse - en trois cent quatre-vingt-quinze mots, un autre - Paternité - en deux cent quarante-quatre mots, un troisième - Disparition - en quatre-vingt-neuf mots. Maître universel du minimalisme, insolent avec ça, il traite Borges de « pisse-copie » : le génial aveugle argentin ne se remet pas de l'insulte.

Refuznik soviétique émigré à Gentilly, Krybolski - formidable joueur de quilles - rapporte à la France le titre de championne du monde et conspire contre Krouchtchev grâce à une méthode ultra-secrète de philologie magnétique dont il est l'inventeur.

Le plus grand sculpteur de mannequins de tous les temps, l'Allemand Kreuzer, est surpris par la mort dans une mansarde de Londres alors qu'il parachève son chef d'œuvre.

Sur un fil tendu à cent quarante-neuf mètres au-dessus du sol, Soltino traverse la Seine du Palais de Chaillot au sommet de la Tour Eiffel ; mais, sur un mouvement d'humeur, il bâcle sa traversée du Mont Blanc et se fond dans les abîmes neigeux de l'Himalaya.

Le 9 avril 1961, alors qu'il tournait autour de Jupiter depuis juin 2058, seul dans une capsule de vingt-six mètres carrés, l'astronaute Jim Mute, premier à avoir perçu le silence des étoiles, ne répond plus.

Sous le titre Les funambules, ces cinq histoires extraordinaires nous sont contées avec un brio hallucinant par un auteur de vingt-six ans, hier inconnu mais déjà célèbre grâce à ce coup d'essai magistral : Antoine Bello.

Yves Salgues

MADAME FIGARO - juin 1996

Antoine Bello a vingt-six ans, et il publie un premier recueil de nouvelles.  Un écrivain du double de son âge pourrait sans rougir en revendiquer la paternité.  Nombre d’écrivains du double de son âge rougiront sans doute en le lisant, tant ce jeune homme très doué fait preuve d’une impressionnante maîtrise.  Autrement dit, ce coup d’essai est une performance, ce qui n’a rien d’étonnant pour un livre qui, comme son titre l’indique, met en scène des funambules.

Sur les cinq personnages des cinq histoires racontées par Bello, un seul est un funambule au sens propre.  C’est Soltino, l’équilibriste qui tend son fil toujours plus haut.  Les quatre autres ont aussi pour point commun d’aspirer à une forme de perfection : Kreuzer, le sculpteur de mannequins dont chaque œuvre doit surpasser la précédente ; Jim Mute, l’astronaute, parti seul a la conquête de Jupiter ; Fiodor Sadarov, le chercheur qui voue son existence à une lecture politique des écrits du joueur de quilles Igor Krybolski ; et enfin, Maximilien Zu, l’écrivain minimaliste dont le dernier roman, Disparition, compte 89 mots !

Nous ne dirons pas qu’Antoine Bello est lui aussi un funambule.  Le procédé serait quelque peu facile.  Pourtant son style précis, net et limpide est le reflet de cette exigence dont font preuve ses personnages.  Par bonheur, il n’a pas poussé le mimétisme jusqu'à sombrer dans le minimalisme, celui d’un Maximilien Zu.  Son premier livre compte 212 pages et pas une de trop !

Carole Vantroys

Pour son premier ouvrage (publié) Antoine Bello a choisi d’évoquer des gens ordinaires qui, se révèlent être, dans leur métier, dans leur passion, extraordinaires.

Soltino par exemple.  Le funambule le plus brillant de tous les temps qui, loin de son fil, boitille, tient à peine debout.

Mais la vie sur un fil, ce peut être aussi celle de Kreuzer, le génial fabricant de mannequins, qui entame une oeuvre comme on se lancerait sur un fil, tendu au-dessus du vide.

Réussir, non.  Se dépasser, se surpasser.  En cinq nouvelles, Antoine Bello raconte cinq destins hors du commun soucieux d’atteindre la perfection.  Cinq histoires truffées de détails, de précisions, de références journalistiques, soigneusement ficelées, tant et si bien, que l’émotion manque parfois.

Né en 1970, Antoine démontre, avec ce premier recueil de nouvelles, qu’il ne manque pas de moyens et qu’il pourrait bien aussi se tracer une belle voie dans le monde du roman.

LA VOIX DU NORD - août 1996

Ce premier roman d’un jeune auteur est, dans son genre, un coup de maître.  Il comporte cinq nouvelles dont les héros avancent tous, au propre et au figuré, sur une corde tendue su l’abîme.  Les trois premières sont des variations dramatiques sur le dépassement de soi et la recherche d’un absolu, dont la mort seule ouvre l’accès, sans laisser jamais savoir s’il a été atteint.  Les deux derniers, beaucoup plus courtes, sont des pastiches très drôles d’analyse de texte et de critique littéraire, ou l’on retrouve à la fois l’esprit de « A la manière de… » et celui de certaines productions de l’Oulipo.  Le style d’A. Bello est simple, sobre et précis.  Dans le tragique, dont l‘humour n’est pas absent, aussi bien que dans le plaisant, il stimule l’imagination et provoque la réflexion.  Ce premier ouvrage donne déjà envie de lire la suite de l’oeuvre.  Espérons que son auteur écrira davantage que Maximilien Zu, sans toutefois se prendre au sérieux et se laisser gagner par l’ivresse de Kreuzer, de Soltino et de Jim Mute.

Pierre Sempé

ETVDES - septembre 1996

LE NOUVEAU

QUOTIDIEN

Imaginez un funambule qui élève la hauteur de son fil à chaque tentative – il finira au sommet du Mont-Blanc, en direct au journal de 20 heures ou il brisera net sa carrière sur un caprice.  Imaginez un héros absolu, qu’on installe dans une capsule à destination de Jupiter sans qu’aucun moyen de retour ne soit prévu ni possible.  Et qui durant les cinq premières années de son voyage enthousiasmera les Terriens au point que son fan-club devienne une puissante multinationale.  La principale conquête de l’astronaute ne sera pourtant pas le richissime sous-sol jupitérien mais la solitude.  Imaginez un joueur de quilles soviétique qui aurait caché dans ses manuels sportifs une sévère critique codée du brejnévisme.  Imaginez, imaginez: ou plutôt non: lisez Antoine Bello.  C’est moins fatigant, ça coûte à peine plus cher et ça rend tout chose.

Laurent Nicolet

LE NOUVEAU QUOTIDIEN - mai 1996

Chacune des cinq nouvelles de ce recueil se savoure comme un roman, non pas à cause de l’intrigue, mais a cause de la façon dont elle est racontée. Un grand luxe de détails, une précision extraordinaire, une remarquable simplicité des phrases.  Autant d’éléments qui conduisent à lire ces histoires comme des sortes de faits divers, comme des récits d’aventures présentes ou passées, sur l’authenticité desquelles on s’interroge à peine, emporté par le flux magique de la relation – alors que dans les cinq cas, il s’agit de destinées absolument farfelues.

Apparemment, les héros sont très différents les uns des autres. L’un, embarqué seul à bord d’une capsule spatiale, doit tourner éternellement autour de la planète Jupiter. Un autre, à la réputation universelle, passe sa vie à sculpter des mannequins, tous plus parfaits les uns que les autres. Un autre encore consacre son temps à l’exégèse politique d’un joueur de quilles. Un écrivain vise au condensé maximal de ses romans, qui lui valent le prix Nobel.  Un équilibriste ne cesse de tendre son fil de plus en plus haut. 

Une seul funambule, par conséquent, alors que le titre du recueil les présente tous comme tels.  C’est qu’ils le sont tous, en effet, à condition de prendre le mot en son sens figuré. Une même obsession les anime : pousser leurs exploits jusqu’à un maximum tout proche de la folie, jusqu’à une limite qui se confond avec celle même de l’existence, jusqu’à celle en tout cas des possibilités offerts à l'homme par sa condition même.

N’était la fantaisie des noms propres, on songerait à peine à rire ; et peut-être, en effet, n’y a-t-il pas lieu de rire devant ces efforts ahurissants, dont le seul véritable succès est celui de l’auteur.  Un auteur qui nous présente là son premier livre, et auquel on peut prédire un avenir plus que prometteur.

Clément Borgal

LA REPUBLIQUE DU CENTRE - juillet 1996

Blogs

PRESENTATIONS          CRITIQUES          TRADUCTIONS